HTML Document Tendances et menaces sur la diversité biologique en République Centrafricaine

Les principales menaces qui pèsent sur la biodiversité en RCA sont liées aux activités humaines. Elles sont à l’origine de la réduction continuelle des ressources biologiques. Ces menaces sont dues à la pauvreté généralisée sur toute l’étendue du territoire centrafricain et aux conflits politico-militaires qui affaiblissent les systèmes de gestion existants.

Release date 24/06/2011
Contributor Christophe NDARATA MASSANGUET
Geographical coverage République Centrafricaine
Keywords Biodiversité, environnement, faune, forêts, aires protégées, braconnage, espèces

Les principales menaces qui pèsent sur la biodiversité en RCA sont liées aux activités humaines. Elles sont à l’origine de la réduction continuelle des ressources biologiques. Ces menaces sont dues à la pauvreté généralisée sur toute l’étendue du territoire centrafricain et aux conflits politico-militaires qui affaiblissent les systèmes de gestion existants.

 Principales menaces et faiblesses sur la diversité biologique

Les principales menaces sur la biodiversité en RCA sont liées à la déforestation et la dégradation des forêts, au braconnage, à l’exploitation non contrôlée des ressources biologiques, à l’absence d’inventaire national des ressources biologiques et de centre de référence en taxonomie, à

l’introduction incontrôlée des espèces exotiques invasives, à la perte de l’agro biodiversité, à l’absence d’un système d’alerte précoce au changement climatique et aux conflits armés.

  1.  La déforestation et la dégradation des écosystèmes

D’une manière générale les principales pressions, qui pèsent directement sur la forêt centrafricaine d’après le PNAE (1996) sont :

- L’exploitation non contrôlée des ressources forestières due principalement à l’absence d’une planification rigoureuse, à l’inefficacité des mesures réglementaires, à l’insuffisance des mesures financières et économiques, à l’incohérence des mesures institutionnelles, à l’inexistence des techniques et technologies appropriées et à l’absence de système d’information fiable sur l’évolution des ressources qui entraîne la dégradation continue des écosystèmes forestiers;

- La perte importante de la biodiversité liée à la faiblesse de la politique nationale en matière de gestion des ressources, au braconnage et à la perte des habitats ;

- La dégradation des sols due surtout à l’absence de plan d’utilisation des terres et aux incitations financières et économiques limitées.

Concernant la dégradation des écosystèmes, les principales causes d’après le PNAE (1996) sont :

l’inexistence de planification de gestion de la biodiversité, l’inefficacité des mesures réglementaires de gestion et des mesures économiques de valorisation de la biodiversité, l’absence des mesures techniques de gestion performant et la non prise de conscience en matière d’utilisation durable de la biodiversité.

Le défi majeur serait de corriger les causes de ces problèmes pour aboutir à l’inversion des tendances, c'est-à-dire au maintien des écosystèmes fragiles, riches, diversifiées afin de réduire les menaces qui pèsent sur l’ensemble de la biodiversité et les ressources en sols. On estime que la RCA a fait des progrès ces derniers temps par la mise en oeuvre des recommandations de la Conférence de Rio, par l’intégration de la foresterie communautaire dans la loi 08.022 du 17 Octobre 2008 portant Code forestier en République Centrafricaine.

    2. Braconnage des espèces fauniques

La faune sauvage constitue d’importante source de protéine et de revenus pour la population et l’Etat centrafricain. La consommation moyenne est de 11,6 kg/personne/an (Chardonnet et al. 1995).

Malheureusement, le braconnage n’épargne aucune des espèces citées en Annexe de l’ordonnance 84.045 du 27 Juillet 1984 et constitue l’une des principales menaces qui pèsent sur la faune en RCA.

Les espèces concernées sont les céphalophes, les potamochères, les buffles, les singes, les rongeurs, les reptiles, les oiseaux, etc.

L’affaiblissement des systèmes existants de gestion de la biodiversité par les crises politico-militaires est à l’origine de l’utilisation des armes d’assaut, des explosifs et des câbles d’acier dans l’exercice de la chasse.

Certaines aires protégées ont été envahies par des combattants, faisant du gibier leur principale source d’alimentation. Il faut noter l’existence du braconnage transfrontalier ou externe exercé par les étrangers à la quête de pointes d’ivoire ou d’autres parties importantes de la faune sauvage.

Les braconnages transfrontaliers et nationaux exercés par des individus nantis sont les plus destructeurs.

    3. Exploitation non planifiée des ressources halieutiques

Dans le cadre de la gestion des ressources halieutiques, il n’existe pas à ce jour une base de données fiable pour informer les décideurs sur ces ressources. Les données des inventaires des poissons des eaux de la RCA sont disparates voire inaccessible.

Dès lors les causes directes de l’exploitation non planifiée des ressources halieutiques sont :

- une législation de la pêche non adaptée et méconnue par les parties prenantes;

- une absence d’évaluation des stocks de poissons ;

- une absence de plan de gestion des ressources halieutiques ;

- une faiblesse de l’effectif en ressources humaines compétentes pour la planification.

Les causes profondes de l’exploitation anarchique des ressources halieutique sont les suivantes :

- l’utilisation de matériel de pêche non autorisé par la loi l’utilisation des produits ichtyo- toxiques d’origine chimique ou végétale ;

- Méconnaissance des zones de fraies ;.

    4. Gestion des ressources biologiques

Depuis la création de la plupart des aires protégées, des efforts ont été faits dans le cadre de la connaissance de la richesse biologique. Cependant, beaucoup reste à faire sur les plans humain, financier et matériel.

Très souvent ces aires protégées se transforment en parcours pastoraux, créant ainsi une menace sur la faune sauvage. C’est le cas des Réserves de Zemongo, de Nana Barya, de Manovo Gounda Saint Floris, etc. L’incursion des éleveurs transhumants étrangers et leurs troupeaux de bovins en dehors des couloirs de transhumance constitue un facteur de dégradation de ces habitats naturels.

La loi n°08.022 du 17 octobre 2008 portant Code Forestier en RCA instaure le partage des bénéfices découlant de l’exploitation des ressources biologiques et exprime la nécessite de faire participer les communautés locales a la gestion des ressources biologiques. Cette loi prévoit la gestion participative et la foresterie communautaire pour améliorer l’utilisation durable des ressources de la biodiversité en RCA.

En résumé, les principales causes directes de la perte de la biodiversité dans les aires protégées sont souvent liées au manque des ressources financières, à l’inadéquation entre la fonction de gestionnaire des Aires Protégées et le profil des compétences disponibles, à l’absence d’un plan d’aménagement et de gestion du territoire, au sous effectif des agents en charge de la gestion des aires protégées, à l’absence d’un système de suivi- évaluation de la biodiversité et à l’inexistence des centres de référence en matière de taxonomie en RCA.

       5 Insuffisance des inventaires systématiques (taxonomiques)

Les données sur les inventaires systématiques de la biodiversité de la RCA sont très insuffisantes. Pour l’ensemble du pays peu de systématiciens dans le domaine de la Zoologie ou Botanique existent et très peu de moyens y sont affectés. Les quelques rares ressources humaines existantes manquent souvent de moyens leur permettant d’effectuer des prospections biologiques.

       6 Introduction des espèces exotiques envahissantes

La présence des espèces exotiques envahissantes (d’origine végétale et animale) constitue la seconde source de menace pour les habitats et les moyens d’existence des communautés rurales. Parmi les espèces on retrouve par type d’habitat les espèces exotiques envahissantes suivantes : Chromolaena odorata (Parcours pastoraux), Lantana camara, Jacinthe d’eau (Eichhornia crassipes), Laitue d’eau, Salvania molesta. Du point de vue institutionnel, il n’existe pas un cadre pour le suivi des plantes envahissantes.

Les parcours pastoraux sont menacés par l’envahissement par l’herbe de Laos (Chromolaena odorata) et la dégradation des terres.

       7. Problème de gestion de l’agro biodiversité

 Les principales menaces sont d’ordre génétique.

En effet, du fait de nombreuses pressions anthropiques dont elles font l’objet, les cultures dans leur ensemble, subissent une érosion génétique à

cause de faibles capacités de conservation in situ et ex situ. Pour ces cultures, les principales menaces sont :

• La dégradation des écosystèmes agricoles ;

• L’absence d’inventaire des variétés améliorées et le manque de registre d’introduction ;

• Les capacités de conservation in situ et ex situ particulièrement réduites ;

• L’absence de promotion commerciale et de conservation in situ des espèces dites “secondaires” ;

• La fragilité des écosystèmes due aux systèmes de culture ;

• L’absence des structures de gestion et de conservation des ressources phyto- génétiques ;

• Les attaques post-récolte par des insectes (Acridiens, scolytes…) ;

• Les risques liés à la variabilité climatique et saisonnière.

Certaines cultures comme le manioc, le riz, le maïs, restent menacées. En effet, au cours de ces dernières années, la production du manioc, aliment de base du centrafricain est menacée par les maladies virales (Mosaïque du manioc) et la cochenille farineuse. D’autres cultivars du sorgho se raréfient ou disparaissent.

En ce qui concerne les bovins, le cheptel est estimé à 3.500.000 têtes en 2003 contre. 2.017.500 têtes en 1990. Cependant, on note que le bétail colonise de plus en plus les zones cynégétiques faute de ressources fourragères, ce qui les expose davantage aux maladies de la faune (ex : bovidés sauvages).

Les espèces animales domestiques sont soumises à l’érosion génétique dont les effets varient d’une espèce à l’autre, notamment le risque de réintroduction des maladies contagieuses existant à l’état endémique dans certains pays voisins (peste, la péripneumonie contagieuse des bovidés), les problèmes sanitaires accentués par la transhumance incontrôlée et le manque d’interventions vétérinaires pour certaines maladies contagieuses comme la tuberculose bovine, ou hémo parasitose, les maladies à transmission vectorielle, etc.

        8. Conflits politico-militaires

Depuis 1996, suite aux conflits politico-militaires à répétition qui ont secoué le pays d’une part, et à cause de la pauvreté généralisée d’autre, la RCA a connu une diminution importante de ses potentialités biologiques. Ceci est dû notamment à la prolifération des armes de guerres dans les zones de chasses, l’affaiblissement des systèmes de gestion et de contrôle, au pillage des ressources fauniques par le grand braconnage.

     9. Transhumance et pacquage anarchique dans les Zones d’Intérêt Cynégétique (ZIC)

De plus en plus, les mouvements saisonniers des bergers vers la RCA, surtout Tchadiens, et Soudanais constituent un problème alarmant pour les aires protégées relevant du quasi-ensemble de la ZIC. Depuis plusieurs années, les parcs nationaux Bamingui-Bangoran et Manovo-Gounda-Saint

Floris sont saisonnièrement envahis par ces boeufs zébu, accompagnés d’un grand nombre d’ovins et de caprins. Le cheptel des zébus se situerait habituellement entre 50.000 et 100.000 mais en 2005, en tout, 227.000 têtes ont été recensées essentiellement dans ces 2 parcs. Ils traversent la frontière et pénètrent dans le pays en évitant les postes de contrôle sanitaire, et s’éloignent toujours des couloirs officiels de transhumance, ce qui constitue une véritable menace sanitaire parfois jugée plus grave que le braconnage.

Le parc national André Félix et la Réserve de Faune de Yata Ngaya qui l’entoure ont été progressivement vidés de leur faune par le grand braconnage et la transhumance soudanaise. La quasi-totalité des secteurs de chasse dans la Préfecture de la Vakaga a été rendue non viable entraînant

par voie de fait une baisse progressive des recettes affectées aux communes de cette préfecture.

          10. Exploitation minière dans les aires protégées

L’exploitation minière modifie significativement l’habitat très sensible des cours d’eau. Ces destructions sont constatées aujourd’hui dans la zone de Sangba, sur les rivières Sangba, Bamingui et Ngoumbiri qui sont pourtant vitales pour les animaux et les populations locales, ainsi que pour les activités économiques fauniques engagées officiellement dans la zone, fournissant des recettes aux populations et aux communes.

Cependant, les plus graves perturbations portent sur la quiétude des aires de faune où les mouvements des acteurs et la création de nouveaux villages au sein des aires protégées rendent leur gestion très difficile et coûteuse, sinon impossible. Les camps des exploitants miniers deviennent de nouveaux centres d’activités intenses de braconnage. En effet, la présence humaine dans les aires protégées fait fuir la faune et influe sur la qualité des prestations touristiques pourvoyeuses de recettes aux communautés.